19 Août 1945  - 12 avril 2020

Cher Patron, ce fut un immense plaisir de travailler avec vous, à la fondation de votre site qui vous tenait à cœur nous avons passé de belles heures ensemble. Vous resterez toujours avec nous Webmaster du Site officiel Jacques De Decker
JCVA

Hommages A L'Autre Grand Jacques

ACADÉMIE FRANÇAISE 

 

        Le Secrétaire perpétuel     
                                                                                                                                   Paris, le 14 avril 2020     
 

Monsieur le Secrétaire perpétuel,  

 
 C’est avec une vive émotion et une profonde tristesse que mes confrères et moi même avons appris la disparition de Jacques De Decker, Secrétaire perpétuel honoraire de votre académie, quelques mois à peine après la fin de son mandat, et moins d’un an après le décès d’André Goosse, dont nous avions déploré la perte en août dernier.

  
 L’Académie royale de langue et de littérature françaises est ainsi cruellement éprouvée, à la veille des festivités qui devaient marquer le centenaire de sa création, et alors que le Secrétaire perpétuel honoraire se consacrait à l’organisation des différentes manifestations qui devaient commémorer cet anniversaire. À l’instar de son prédécesseur, Jacques De Decker a servi durant près de vingt ans votre compagnie avec une conscience très haute des devoirs de sa charge, et contribué avec éclat à son rayonnement au sein de la communauté francophone et partout dans le monde.   


 Avec Jacques De Decker, les membres l’Académie française perdent un ami fidèle, qui leur a prodigué en de si nombreuses circonstances des marques très vives d’attachement, et a manifesté à notre compagnie tout au long de son mandat sa proximité et son indéfectible soutien. Par la continuité de son action et l’attention vigilante qu’il n’a cessé de porter à nos travaux, il a travaillé à resserrer les liens étroits qui unissent nos deux compagnies sœurs et noué avec bon nombre de ses confrères de l’Académie française des relations privilégiées. Il a favorisé les échanges entre nos deux institutions, et pris toute occasion de souligner notre communauté de vues sur les missions qui sont les nôtres, l’avenir de la langue française, et notre attachement aux valeurs fondatrices de la Francophonie, dont il fut un des représentants les plus éminents et les plus écoutés.  


 La diversité exceptionnelle de son œuvre lui a permis d’illustrer avec bonheur toute la richesse de la langue française, qu’il n’a cessé de servir avec passion et d’enrichir par la fécondité de ses créations. Par ses nombreuses traductions et adaptations de l’anglais, de l’allemand, du néerlandais et d’autres langues qu’il maîtrisait également, il favorisa la diversité linguistique et le dialogue entre les cultures qui favorisent le rapprochement entre les peuples. Face à la prééminence de l’anglais, qu’il déplorait comme nous, il ancrait ainsi le plurilinguisme au cœur du projet européen. Traducteur éclairé d’un grand nombre d’œuvres anglo-saxonnes, dramatiques en particulier, Jacques De Decker aimait la langue anglaise : il pensait, 
comme ses confrères français, que l’hégémonie internationale d’un sabir angloaméricain était aussi préjudiciable à l’anglais lui-même qu’à toutes les autres langues. 


Je garde pour ma part le souvenir ému des rencontres que nous avons eues en de multiples circonstances, et des évènements heureux qui nous ont si souvent réunis, notamment lors de la parution des tomes de notre Dictionnaire, ou, il y a un an, pour le lancement du nouveau portail numérique qui présente l’ensemble de notre entreprise lexicographique.  
Dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons, et qui nous interdisent d’être à leurs côtés pour déplorer la perte d’un ami cher et honorer sa mémoire, mes confrères et moi-même vous prient de faire savoir aux membres de l’Académie royale la part qu’ils prennent au deuil cruel qui les frappe et de les assurer de leur douloureuse sympathie dans l’épreuve qu’ils traversent. 


Dès que notre compagnie reprendra le cours normal de ses travaux, suspendu jusqu’à la levée du confinement par le président de la République, elle rendra hommage à Jacques De Decker lors la première séance qu’elle tiendra.  
Puis-je vous prier, Monsieur le Secrétaire perpétuel, de bien vouloir trouver ici les assurances de ma considération très distinguée. 
                                                                                                            Hélène CARRÈRE d’ENCAUSSE 

 

 


Monsieur Yves NAMUR Secrétaire perpétuel de l’Académie  de langue et de littérature françaises de Belgique 


Hélène Carrère d'Encausse

Entre Amis avec tranches de pain d'épices, petite tasse de café et surtout une lecture spontanée d'un Simenon pris au hasard : un moment de bonheur Merci Patron 🙏❤️ 

JCVA

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Sincères condoléances à la famille de Jacques et à tous ceux qui l'aimaient. Merci Jacques d'avoir été celui que tu as été. Merci pour ta bienveillance qui illuminait autour de toi. Jaco.

Françoise Wuilmart Jacques De Decker

L'hommage de Françoise Wuilmart à Jacques De Decker 

Een persoonlijke, ontroerende tekst van Francoise Wuilmart, Jacques’s goede vriendin sinds studietijden aan de ULB - Un texte personnel et émouvant de Françoise Wuilmart, la meilleure amie de Jacques depuis ses études à l'ULB. Claudia Ritter

Évoquer la mémoire du « défunt » Jacques De Decker… lui rendre un hommage écrit, moi, son aînée de trois ans, je n’avais jamais évoqué ce cas de figure qui me glace ! Il serait triste, peut-être même blâmable de ma part, de dresser ici un bilan factuel de la vie de Jacques, jalonné des multiples fonctions qu’il a occupées. Un tel résumé peut se trouver partout. Alors Jacques, comment veux-tu que je te présente, moi, ta grande amie : n’avons-nous pas en effet étudié de concert en Philosophie et Lettres, section germanique à l’ULB ? Dès le départ, toi tu t’es engagé dans ce qui te collerait à la peau toute ta vie : le théâtre. Car tu es avant tout un homme de théâtre et si l’on en cherchait la raison, je crois que je l’ai trouvée : amoureux du texte tu l’es certes, mais du texte qui se fait chair. Attentif au lecteur certes, mais du lecteur que tu sens réagir, que tu vois rire ou pleurer à bon ou à mauvais escient. À la Lettre morte, tu préférais l’Esprit frappeur, et c’est d’ailleurs de ce nom que tu baptisas le théâtre que tu as fondé avec Albert André Lheureux alors que tu étais encore étudiant. Tu fus avant tout l’homme de la Voix, d’une voix qui privilégie l’improvisation et rares sont les cas où tu préparais tes doctes interventions, quelques mots épars sur un feuillet, quelques grandes lignes et puis tout le reste était… spontanéité, source vive et intarissable, celle de ton érudition, ta parole c’était le vivant avant tout, et qui réclamait la réaction vivante. Ta mère était enseignante, ton père était peintre, « qui peignait comme il respirait ». Les auteurs belges défilaient chez toi pour être portraiturés par Luc De Decker. Dès ta jeunesse tu fus donc confronté à la littérature, plus particulièrement flamande. C’est au théâtre d’Hugo Claus que tu as d’ailleurs consacré ton mémoire. Puis tu adapteras bien des œuvres théâtrales, Shakespeare, Goethe, Strindberg ou Tchékhov. Tout récemment j’avais relu pour les Editions du Hazard ta traduction de la Cruche cassée de Kleist… Je fus époustouflée de voir le génie avec lequel tu te sortais avec brio des pires difficultés en « adaptant » à la langue d’arrivée, à la voix de la culture d’arrivée, des contenus étranges et étrangers : ton texte français vivait, tu étais un génial passeur.

Car le deuxième mot-clé que tu me souffles est précisément « passeur », un passeur dans tous ses avatars : non seulement via la traduction, mais aussi par le biais de l’enseignement car dans ta grande générosité tu éprouvais un réel besoin de transmettre ton expérience, ton savoir-faire, et surtout ton ressenti : d’abord à l’E.I. de l’Université de Mons, puis à l’Insas et au conservatoire de Bruxelles, y prodiguant ta fantastique érudition soit en histoire du théâtre, soit en langue et culture néerlandaises. Tu m’as un jour confié comment avait débuté ta carrière de traducteur : grâce à ton frère Armand, qui comprenait mal le flamand parlé par les invités de ton père et pour qui tu jouais déjà les interprètes. Dès le départ la traduction fut donc pour toi une histoire de cœur… Tu aimais d’ailleurs assister aux représentations théâtrales de tes textes en langue étrangère et quand le public riait au bon endroit, tu y voyais la preuve que la traduction était réussie…

Passeur tu le fus aussi dans la peau du grand chroniqueur que l’on connaît : critique littéraire au Journal Le Soir, dont tu dirigeas le service culturel de 1985 à 1990. Mais plus généralement parlant, tu fus le passeur du ressenti humain, que tu décrivais dans tes nombreux romans dont certains furent finalistes du Goncourt ou du Renaudot. Car tu as toujours privilégié ce ressenti… tu fus biographe par exemple de Wagner ou d’Ibsen, parce que tu les aimais, en revanche il t’aurait été impossible de parler de Rembrandt, car si tu admirais le peintre, tu désapprouvais l’homme. Oui, l’empathie sans doute est un des ces autres moteurs de toute ton existence, c’est peut-être pourquoi, dans ta Brosse à relire, littérature belge d’aujourd’hui, la méthode que tu as choisie pour brosser le portrait des meilleurs auteurs belges, était… la mimesis. Au lieu de relater à distance, tu entrais dans le personnage de l’auteur et tu entonnais sa voix, calquait son rythme, et même son style.

Peut-être finalement un seul mot-clé résume-t-il tous les autres : la créativité. Tu étais créatif en tout, de là sans doute ton amour du jeu de mot comme dans les titres de Modèles réduits : « Les bisous de la Castafiore », « Evere for ever », « Le subjectif imparfait », « Bruxelles eurotique », ou encore presque tous les titres de la revue Marginales que tu relanças en 1998, succédant à Albert Ayguesparse : « En avant Marx ! », « La dernière Eur » ; ou « Dérèglement de comptes »… Mais créatif tu l’étais aussi en actes : à deux nous avons créé une résidence d’accueil pour les traducteurs littéraires de nos auteurs belges, le magnifique Collège européen des traducteurs de Seneffe. Nous avons crié victoire, comme sur la photo ci-jointe, car l’enjeu était de taille et la réussite fut totale durant vingt et un ans. Créativité, empathie… les moteurs de ta vie… en cela tu étais une fidèle application de la fameuse aura de Walter Benjamin, celle du vécu en direct, de l’authenticité.

Et comme nous le savons tous, en 2002 tu devins secrétaire perpétuel de l’Arllfb, ta dernière fonction, que tu quitteras à la fin de l’année 2019. Nous allions fêter tes 75 ans le 19 août 2020. Faut-il croire à la prémonition ou aux coïncidences ? Toujours est-il que dans la nuit du 11 au 12 avril, j’ai fait un rêve… En guise d’adieu je te le livre ici mon cher Jacques. Tout y est dit.

I had a dream… Je me tenais debout sur une grande terrasse d’où l’on découvrait le quartier d’Uccle. Jacques était à mes côtés, nous attendions tous les deux la chute d’un météore, annoncée la veille à la radio. Nous espérions qu’il ne tomberait pas sur la terre mais tout au plus la frôlerait. À minuit pile, le météore traversa l’atmosphère devant nos yeux émerveillés. Nous laissant indemnes. Jacques me prit dans ses bras comme il le fait toujours quand nous sommes témoins à deux d’un beau grand événement. Puis il me demanda de le raccompagner, comme toujours. Il ne voulut pas prendre place à ma droite, la place du mort. Depuis son accident de voiture, il avait peur. Il s’assit donc à l’arrière. Dans le rétroviseur je voyais Jacques. Et chose étrange, il ne gardait pas le même visage, comme si le rétroviseur parcourait le passé, son passé, notre passé : il était là avec sa penne d’étudiant, puis avec l’air sérieux du chroniqueur, puis tout souriant à côté de la mariée, puis avec l’air encore plus sérieux de l’académicien, puis il avait le visage heureux que je lui avais vu au Collège de Seneffe quand nous l’avions inauguré à deux, puis, …… avec ce sourire si doux et ironique à la fois que j’aimais tant. Parfois le rétroviseur ne me renvoyait que ses yeux, son regard, si particulier quand il riait, ses yeux plissés et presque moqueurs mais étincelants. Cette fois plus que jamais. Jacques conduisait en paroles avec moi, il me guidait, comme il l’a toujours fait d’ailleurs, attirant mon attention sur tel danger ou m’enjoignant de tourner là plutôt qu’ici. À un moment donné, il me dit de m’arrêter. Devant une porte que je ne connaissais pas. Ce n’était pas chez lui. Une immense porte avec de multiples battants, blanche. Il descendit, à travers la vitre je lus sur ses lèvres, car je n’entendais plus sa voix. Je lus quelque chose comme : merci, à la prochaine ? Bien sûr, Jacques, oui bien sûr… à la prochaine… Françoise Wuilmart

Titre 6
François de Callataÿ
Eerbetoon aan Jacques De Decker door Stefan Hertmans 🙏
Hommage à Jacques De Decker de Stefan Hertmans 🙏
Hommage de Monique Toussaint Chapitre Xll à Jacques De Decker 🙏
Journal d’une Femme de Livres
Voici un chant pour Jacques choisi pour lui par son ami de longue date à Berlin, l’écrivain Manfred Flügge.
Merci à lui 🙏
Mon cher Jacques,
Il y a quelques jours, je rejouais le Canon sur mon petit piano électrique à la maison. Tu disais que je devais inventer un instrument pour qu'on puisse voir mes doigts défilés sur les notes. Je n'ai pas encore inventé cet instrument, mais le rebord du piano est assez pratique pour cela, et c'est encore plus gai de jouer sur un vrai piano!
Donc voilà un petit concert pour toi, et j'espère que toi et Pépé en profitez.
Je t'embrasse fort mon n'oncle ♥️ Lauranne Jacques
canon Von Pachelbel en La Valse d'Amélie van Yann tiersen    Lauranne Jacques

Pour Jacques De Decker,

quelques mots de Pierre Mertens :

« J’avais un peu plus de vingt ans, je venais de publier mon premier texte dans la revue internationale « Synthèses ». Jacques, encore plus jeune, traversa ma route. Nous ne nous sommes plus quittés depuis plus d’un demi-siècle. Lors de la célébration de mon 80me anniversaire à la Fleur en papier Dorée, le 17 novembre 2019, il fit un discours que tout écrivain peut espérer de la part d’un autre, une magnifique visite guidée de l’univers que l’on s’efforce d’habiter. J’ai appris la mort de Jacques alors que j’en étais encore à « faire le tour » de celle de Marcel Moreau. Il n’est rien de pire qu’un chagrin redoublé. ». Ici les images de ce moment. Merci à Marc Ghysels.

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